13.09.2008
LA CITÉ, CRÉANT L’ESPOIR
Heureusement, les gens ne pensent pas.
(Adolf Hitler)
Notice
i. Ici les postulats représentent des instruments. Il s’agit de sortir de l’hypnose collective assaillant les individus, pour avancer vers l’inexploré. Le genre humain risque de succomber à sa propre logique suicidaire.
ii. La cohérence de l’argumentation doit être (re)constituée par le lecteur. Les coups de dés ont lieu dans un hasard inexistant.
AJUSTEMENT
A Frédérick Tristan
1. Suivant la tradition hellénique, il y a une antinomie (une fracture) irréductible entre
a) le cosmos, et, en l’occurrence, l’ordre, et
b) le chaos, et, en l’occurrence, le désordre.
Cette antinomie s’exprime au niveau de l’humanité par l’opposition entre
a) la Cité, et
b) les barbares.
L’orientation politique d’aujourd’hui obéit à ces prérogatives. Mais le désordre exprime un aspect de l’ordre, comme l’ordre appartient au désordre, c’est-à-dire que les barbares résidaient aussi à l’intérieur de la Cité comme les gens épris d’ordre se trouvaient également parmi les barbares. Pareille antinomie doit être qualifiée de conceptuelle. Car le réel transgresse les catégories élaborées par le raisonnement (fondé sur la volonté de domination). La case-départ d’une réflexion fondamentale sur la politique doit être la prise en compte d’un maximum de facteurs émanant du réel.
i. Cette réflexion doit être continuellement mobile.
ii. Selon certaines théories de la physique actuelle, l’homme n’entre en rapport (conceptuel et/ou sensitif) qu’avec 2 ou 5 % de l’univers. La case-départ de toute réflexion concernant ma singularité d’une part et d’autre part la singularité du corps social, et par extension, du monde, doit inclure dans la mesure du possible ce qui échappe à mon conscient (à ma réflexion). Le conscient est ce dont je dispose ou dont je crois disposer afin de pouvoir définir mon attitude, et donc mon comportement, pour en tirer bénéfice.
a) Les frontières entre conscient et inconscient demeurent artificielles. Tout vécu englobe un couplage irréductible conscient/inconscient.
b) Sur le plan existentiel, mon comportement reste déterminé par la volonté de puissance transformée graduellement en volonté de domination. A cet égard, mon comportement se détermine partiellement par l’irréel.
c) En m’identifiant à l’Histoire, je remplace une perception spontanée (non rationnelle) du monde par un raisonnement sur le monde à partir de concepts. L’Histoire ne représente qu’une interprétation spécifique du passé (instaurée par le moi/je).
iii. Réapprendre signifie mettre en question les concepts ayant une finalité obéissant aux impératifs dictés par l’Histoire, et donc en dernière instance par la volonté de domination. La fonction de la politique doit être examinée à partir de données partiellement inexplorées. Il faut développer une réflexion radicalement novatrice sur la politique.
iv. Réapprendre signifie m’investir différemment.
v. Il signifie m’inspirer du comportement existentiel de l’enfant, c’est-à-dire m’entourer d’un espace-temps indéterminé (autant que possible) et poursuivre ma quête, en approfondissant (en explorant) le sens de ma singularité aussi bien que de la singularité du corps social.
vi. Il signifie essayer de construire en accord avec le processus entéléchique (Aristote), ’est-à-dire qu’il signifie convertir le moi(/je) en nous (Teilhard de Chardin).
2. Les rapports traditionnels entre ordre et désordre sont devenus obsolètes.
i. Le Surmoi (Freud) en tant que repère du contact ontologique est mort (Bernard Stiegler), autrement dit la civilisation du gadget se trouve sous l’emprise d’une hypnose émanant de la volonté de domination. L’absence de repères fiables conduit à une fuite effrénée vers le virtuel. L’économie et puis la finance remplacent le concret, au détriment de l’instinct de conservation. Le gadget sert d’ersatz focalisant les désirs. Presque tout semble possible car rien n’est vrai.
ii. Mais le réel ne cesse d’agir sous forme de l’imprévu.
iii. Le désordre est une incitation.
3. La structure du rêve peut partiellement fournir un modèle (une méthode) permettant d’organiser les sensations (les phénomènes perçus) en vue d’une construction cohérente à partir de critères mobiles.
i. Il s’appuie sur un essor émanant d’un inachèvement perpétuel et donc d’un besoin qui nous est inhérent de compléter. Il pousse l’énergie vitale de l’individu et, par extension, du corps social, vers l’exploration du monde ressenti comme inconnu (comme inexploré).
ii. Si l’on interprète le rêve comme un état psychotique, l’on méconnaît sa fonction (re)constructrice de la totalité du corps-esprit (C. G. Jung, K. Georgiadès). En l’absence de rêves, la personnalité s'isole dans le conscient, dirigé essentiellement par le moi/je et donc en rupture avec le fond ontologique du corps-esprit. Quand le partiel devient autonome, il exerce un pouvoir destructif.
iii. En rêvant, je (re)construis le monde selon mes propres nécessités. Ici, l’incohérent (l’apparemment absurde) n’est qu’un élément d’une démarche ayant une finalité que j’ignore.
iv. Réapprendre signifie intégrer le rêve dans ma prise de position (dans mon activité), bien qu’en le traitant comme facteur partiel.
4. Réapprendre signifie adopter les 3 prémisses exigées par Kazantzakis :
1) je n’espère rien,
2) je ne crains rien,
3) je suis libre.
Etre libre signifie disposer de moi-même comme segment singularisé de l’étant, c’est-à-dire que ma volonté maintient sa liberté dans la mesure où elle s’accorde avec une finalité dont je représente une actualisation.
i. A cet égard, l’acquisition de ma liberté ressemble à une soumission existentielle.
ii. Ma liberté dépend d’un lien intuitif (Husserl) alignant ma singularité au réel. Ce qui est immanent est également transcendant et vice versa. Pour devenir moi-même, je dois devenir autre (différent). Je n’existe qu’en m’engageant, mais je ne peux m’engager qu’en anticipant ma propre différenciation (qu’en acceptant ma propre mise en péril).
iii. Sur le plan collectif, réapprendre signifie mettre en cause les interprétations actuelles de nombreuses expériences historiques. Il signifie adopter la logique du tiers-inclus, en posant p. ex. à nouveau des questions primordiales :
Comment faire pour vivre ensemble?
Que rapproche et que sépare les intérêts des individus et du corps social?
Par quels procédés concilier les forces en apparence antinomiques agissant dans le corps social?
Peut-on définir une finalité fondée aussi bien sur les individus que sur le corps social?
Faut-il essayer d’inventer un nouvel équilibre?
Comment le formuler?
Comment le mettre en application?
etc.
Ces questions (re)surgissent lors de toute tentative de générer des réponses novatrices.
iv. Innover = explorer un potentiel.
5. La fluidité naturelle de tout pouvoir politique (de toute gouvernance) exige l’élaboration et l’application de normes contextuelles. Cette contextualité ne peut se réaliser sans l’exercice d’un contrôle collectif qui risque d’aboutir à l’anarchie et/ou l’indécision. Pour orienter le corps social, la contextualité doit s’appuyer sur les lois non-écrites incluses dans le processus entéléchique.
i. La logique d’Antigone peut servir de modèle pour un comportement général par rapport au réel.
ii. En politique, il faut accomplir la révolution copernicienne, autrement dit ne plus vouloir soumettre le corps social, et, par extension, le monde, aux impératifs d’un moi/je sur-puissant mais de laisser les lois non-écrites inventer un équilibre évolutif.
iii. Il faut actualiser le sacrifice.
iv. La finalité du sacrifice est une (ré)intégration.
v. Sur le plan ontologique, le sacrifice correspond à une adaptation (à une prise en charge objective de la singularité des individus et du corps social en tant que tels). Il implique une distanciation vis-à-vis des acquis (matériels et/ou spirituels) de l’humanité.
a) Les idéologies totalitaires (nazisme, stalinisme etc) reposent sur le sacrifice de certaines fonctions de la singularité. Ce sacrifice s’opère au profit d’un objectif partiel, et, en l’occurrence, déterminé par la volonté de domination, de sorte qu’au lieu de me libérer, il m’emprisonne.
b) Un processus identique se réitère dans la civilisation du gadget. Je ne suis plus emprisonné par la terreur, mais par l’hypnose.
vi. Les lois non-écrites doivent être choisies par le processus entéléchique agissant à travers (par-delà) la singularité des différents penseurs. Antigone sait qu’elle ne peut pas savoir.
vii. Les lois non-écrites sont fonctionnellement liées d’une part au tiers-inclus et d’autre part au processus entéléchique, c’est-à-dire que la réflexion politique est toujours en quête d’elle-même.
6. En s’exerçant, le pouvoir politique se modifie. Ces modifications préparent sa chute. Les lois non-écrites doivent être constamment réinterprétées.
i. Le travail de réflexion s’accomplit d’une façon anonyme et obscure dans le corps social. Il peut facilement dériver.
ii. Cette dérivation fournit la chance de renouvellement.
iii. A la fluidité du pouvoir politique correspond la fluidité de l’évolution du genre humain. Les gens ne pensent effectivement pas, puisque l’essor vital pense (agit) à travers eux et par leur intermédiaire. La signification de l’essor vital reste énigmatique pour l’intellect (en tant qu’instrument du moi/je). Or l’intellect s’efforce de la décrypter par des analogies.
iv. La politique s’actualise, c’est-à-dire qu’elle échappe aux programmes. Ainsi s’explique le fiasco répétitif des prévisions concernant le déroulement futur de l’Histoire. L’imprévu permet à la praxis de démentir la théorie.
v. En adoptant et en voulant contrôler le tiers-inclus dans l’organisation de la Cité, l’homme devient virtuellement apte à maîtriser le destin qu’il affronte afin de se mettre lui-même en état de se perfectionner.
7. Puisque toute entité vivante semble obéir à une force organisatrice, inhérente bien qu’irréductible à des schémas interprétatifs composés par le raisonnement, la finalité d’une activité politique doit rester en accord avec les impératifs socio-économiques etc émanant de cette force organisatrice.
i. Cette force ne peut être que pressentie.
ii. Sur le plan ontologique, cette force tend vers l’harmonisation des rapports entre les individus et le corps social pris comme organisme.
a) Il s’agit d’une tendance illustrée par le comportement de certaines tribus indiennes etc.
b) Le rejet des attaches par de nombreux SDF révèle l’activité d’une logique analogue (exaltant le nomadisme etc).
c) Le point d’ancrage d’un corps social équitable est nécessairement le concret (et, en l’occurrence, l’adéquation des rapports du corps-esprit avec le monde).
iii. La civilisation du gadget exhibe les simulacres d’une fausse individuation (hors du réel). Ni les individus ni le corps social ne possèdent leurs “biens” mais sont possédés par ceux-ci. Sur le plan ontologique, Adolf Hitler et la civilisation du gadget suivent les mêmes objectifs. L’ordre en vigueur actuellement dissimule le désordre.
iv. Pour contrôler le fonctionnement du corps social, la volonté de domination utilise un arsenal de procédés scientifiques. S’alimenter, se soigner, s’instruire, se divertir etc, sont en grande partie influencés par une stratégie ayant le but d’une mise entre parenthèses du réel. “1984” apparaît (règne) sous déguisement.
v. Afin d’éviter la dislocation inéluctable du corps social, programmée inconsciemment par la volonté de domination, la politique doit s’appuyer sur l’entendement et non sur le refoulement, sur la cohérence et non sur l’oppression.
vi. Elle doit agir en état de veille.
vii. A cet égard, l’aide des neurosciences peut devenir essentielle.
8. La politique doit impliquer un travail permanent de synthèse et d’harmonisation concernant des situations imprévues.
i. Si l’ordre, selon le principe de l’entropie, tend spontanément vers le chaos, le chaos développe des tendances créant tôt ou tard de l’ordre. La politique doit s’inspirer de ces principes. En s’alignant sur le processus entéléchique, elle doit essayer de transposer la tendance d’auto-organisation inhérente dans n’importe quel être vivant.
ii. Néanmoins, les enseignements de la mécanique quantique s’avèrent précieux en suggérant la coopération nécessaire d’un raisonnement fondé sur le tiers-inclus (sur la conjonction des contraires) (Cusanus).
iii. La contextualité devient alors obligatoire. Cette attitude génère un péril d’anarchie non maîtrisable sauf par les lois non-écrites. La survie de l’humanité dépend de l’endurance dont fait preuve Antigone.
a) Sur le plan ontologique, gouverner signifie essayer d’être en soi équitable (adéquat).
b) Il signifie assumer l’instinct (le pressentiment) collectif du réel.
c) Il signifie partiellement se tenir à l’écart (Lao tzeu).
9. La politique doit tenir compte de la fluidité (la variabilité) du pouvoir (J.-P. Mévellec), c’est-à-dire qu’elle doit sans cesse s’inventer (se réadapter). En s’inventant, elle peut éventuellement répondre aux impératifs du réel.
i. Les idéologies peuvent être considérées comme des organes d’un pouvoir qu’il s’agit de conquérir et/ou de maintenir. Sous cette optique, elles sont dépourvues d’existence propre. Elles correspondent à des jouets facilement ou difficilement manipulables. Elles représentent des pièges.
ii. Elles s’inscrivent dans une stratégie d’hypnose.
iii. Si le lien fondamental entre la multitude des individus d’une part et la Cité d’autre part est d’ordre ontologique, il reste non-identifiable dans son essence par le raisonnement. Les identifications à partir de critères issus d’une évolution historique dominée par le moi/je n’expriment que l’hybris.
SYNOPSIS
A Jean-Marc Ohnet
10. En s’appuyant sur la volonté de domination, la politique génère à court ou à moyen terme l’anarchie. Sur le plan structurel, la finance remplace l’économie, le virtuel détruit le concret. L’absence de contact existentiel induit la destruction des valeurs. Frankenstein s’interpose entre les yeux de l’observateur et l’objet de l’observation.
i. L’acte s’exécute alors dans un no-man’s-land hanté par une angoisse déguisée mais omniprésente. La communauté ne subsiste qu’en des paroles. Vivre ressemble à un état pathogène.
ii. Pour (re)prendre contact avec le réel, il nous faut découvrir (réactiver) les repères reflétant la nature irréductible de l’espèce humaine, c’est-à-dire qu’il faut modifier la direction de notre esprit. Une invention commence obligatoirement par une mise en cause.
a) Le bouddhisme et le christianisme initiaux illustrent ce renversement radical de la direction de l’esprit.
b) L’imperfection est le point de départ du perfectionnement.
c) La Cité ne peut se maintenir sans activité artistique. Elle a besoin d’un contact permanent avec le réel. Dans cette perspective, l’art sert de trait d’union entre les individus (en tant que tels mais aussi en tant que membres du corps social) et le réel, c’est-à-dire qu’il sert, indépendamment de tout contenu rationnellement saisissable, comme introduction au sacré.
iii. Techniquement, la politique doit ressembler à une équation contenant (en germe) toutes les autres équations. Elle doit profiter de l’imprévu pour gérer la compléxité des rapports entre les individus et le corps social et/ou le monde. Elle doit constamment faire appel à l’aide de la logique du tiers-inclus et s’orienter vers l’actualisation des objectifs du processus entéléchique.
a) La Cité ne subsiste qu’en assumant le monde.
b) Elle subsiste car elle témoigne. Mais en témoignant, elle devient apte à créer. Un tel témoignage (une telle créativité) paraît être aussi bien immanent(e) que transcendantal(e).
iv. En outre, selon certaines théories de la physique, les particules peuvent être considérées comme des oscillations. A cet égard, tout micro-univers induit partiellement ses propres données. Or microcosme et macrocosme se trouvent en corrélation. Il n’existe pas de Cité réellement stationnaire. L’homme politique doit devenir un mendiant ouvert à l’indéterminé. En sollicitant ses concitoyens, il engage ses propres forces créatrices. Il ne gouverne pas mais participe.
v. Il agit au sein d’un système en constante transmutation, dirigé par les lois non-écrites. Ainsi a-t-il besoin de ses concitoyens en tant qu’actualisations du différent. Il n’est plus “réaliste” ou “idéaliste”, socialiste ou libéral, mais s’efforce d’être là en état de veille.
vii. En fixant ses options politiques par des schémas rationnels, la politique détruit leur créativité. Or la Cité n’existe qu’en se créant. A ce titre, les institutions sont par définition provisoires.
a) La notion de gouvernance implique l’engagement de l’ensemble des facultés humaines.
b) Science, art et philosophie font partie intrinsèque d’une gouvernance adéquate.
c) Toute doctrine ne représente dans le meilleur cas qu’une approximation.
d) La Cité reste toujours en attente.
vi. Dans les périodes d’apparente vacuité (d’absence d’évolution décelable), la Cité peut soudain exploser et mettre en évidence des facteurs imprévus car refoulés par le raisonnement obéissant à une logique pour ou contre la gouvernance. L’intervalle (Berkeley) désormais se manifeste. Ainsi la politique doit se réorienter en modifiant fondamentalement ses prémisses.
11. Pour (sur)vivre, la Cité doit s’inspirer du modèle offert par le fonctionnement de l’étant qui semble s’organiser lui-même en tenant compte de la totalité sans cesse évolutive de ses actualisations.
i. Dans cette perspective, une force rationnellement insaisissable agit derrière toute force saisissable par l’intellect.
a) La différence séparant le macro- et le microcosme résulte de la différence concernant l’angle d’observation.
b) Sur le plan existentiel, observer signifie vouloir se distancier pour essayer d’agir.
c) L’étant ne cesse de se réinventer.
ii. Le logos, en tant que principe relationnel, constitue la seule constante dans ce qui est. L’étant ne doit pas être considéré comme un ensemble de quanta et/ou de forces qui les organisent, mais comme un acte (comme un fait infiniment polyvalent et néanmoins unitaire) (Heidegger).
iii. En tant qu’organisme, la Cité doit être sans cesse évolutive, c’est-à-dire qu’elle doit assimiler les diverses influences déterminant (toujours provisoirement) sa structure. Cette construction ininterrompue alimente et modifie les individus et le corps social. A cet égard, la Cité représente (doit représenter) un champ d’expérimentation se développant sous l’égide du processus entéléchique, et donc en harmonie avec les lois non-écrites.
iv. Créer signifie accepter.
v. Sur le plan ontologique, l’acte se dirige vers l’imprévu.
a) Les moulins à vent de Don Quixote extériorisent la faculté transformatrice du différent.
b) Si l’homme politique tâche d’entraver l’incalculable, il se dirige contre son propre instinct de conservation.
c) En considérant l’activité politique comme la gestion d’une entreprise, l’homme politique (assujetti à l’idée délirante) devient l’esclave de la volonté de domination. Il prépare l’anéantissement du corps social, pendant que les moulins à vent révèlent leur identité en tant que monstres. Don Quixote ne peut plus subsister à crédit, en d’autres termes, il se voit obligé d’investir son corps.
12. La politique doit impérativement s’aligner sur le réel afin d’éviter l’effacement (le collapsus) de la Cité.
Notice
i. Le point de repère principal pour la gouvernance en soi est la pérénité du corps social, et donc de l'ensemble des individus qui le forment, dans une optimale harmonisation avec l'univers. Cette harmonisation émane de lois non-écrites, c'est-à-dire évolutives. Toutefois, leur évolution échappe à la logique du tiers-exclu. Ainsi la gouvernance doit s'appuyer sur un travail permanent d'inclusion. Elle-même ne constitue qu'un instrument de travail.
ii. A cet égard, la gouvernance doit rester neutre (dépourvue de contenu idéologique). Elle doit essayer de se déterminer uniquement par la polyvalance du réel. Elle doit servir d'instrument à une finalité aussi bien collective qu'individuelle obéissant à l'instinct de conservation.
iii. Pareille attitude exige une participation de plusieurs disciplines de l'esprit dans les différentes prises de décision. Ni l'économie p. ex. ni la politique etc ne peuvent gouverner seules. Sous cette optique, la gouvernance représente la mesure.
iv. Pour avancer, elle doit utiliser des normes ayant une validité contextuelle. Alors peut resurgir la volonté de domination perpétuellement latente. En succombant à cette volonté, la gouvernance s'autodétruit.
Extrait de
Koronéos: Ontologie III
Faut-il inventer le réel? Etude sur le principe
Annexes
Editions Le Grand Souffle, 2007
22:33 Publié dans Koronéos : “Réapprendre” | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : koronéos, grand souffle, éditions, livre, ontologie, philosophie
LE SENS DU RÉCIT
A Louise
La puissance en général est la possibilité du changement.
(Leibniz.)
1. Un récit rend compte (cherche à rendre compte) d’un événement ou d’un ensemble d’événements soit imaginaire(s) soit ayant effectivement eu lieu. Il implique la distanciation et donc la créativité de celui qui le raconte. Un récit transpose. Nul récit ne peut être considéré comme “objectif”.
i. En racontant un événement ou une fable etc, je me réfère au réel tel que je crois le percevoir ou tel que je l’interprète à partir d’une situation donnée. Je tâche ensuite d’isoler un des aspects constituant ma perception du monde. Quand je raconte c’est pour mieux comprendre, pour inventer une forme, et donc pour rendre ma perception abordable, pour communiquer cette forme à autrui, et donc pour agir. Cet aspect du monde existe par l’intermédiaire de mon récit, en d’autres termes, mon raisonnement ne peut aborder le réel (l’objet) que par l’invention d’un objet inexistant (Occam).
ii. En racontant, je cherche à pallier un manque (individuel et/ou collectif). Sur le plan psychologique, mon récit constitue une tentative de réponse à ma quête afin de rétablir le contact avec le réel. Pour cela, il se sert de diverses astuces qui peuvent le détourner de sa finalité initiale.
iii. Un récit est un refuge.
iv. Or ce refuge est (peut devenir) un nouveau point de départ.
v. Toute pensée (religieuse, philosophique, scientifique, artistique etc) émane d’un récit ou suppose son existence, c’est-à-dire qu’elle émane d’une organisation des faits impliquant la temporalité. A cet égard, en vivant je raconte. Et en racontant, je m’efforce d’agir sur ce qui n’est pas encore (Lao tzeu). Le récit devrait permettre le passage d’un lien intuitif (Husserl) à un lien effectif.
2. En racontant, j’inscris ce que je raconte dans un contexte spatio-temporel (et par conséquent dans un processus d’évolution). Je le rends apte à se modifier selon des nécessités X. Je lui attribue un sens.
i. Le non-sens exprime un aspect d’un sens sous-jacent. Mais en racontant, le sens de ce que je raconte échappe à ma singularité (Mallarmé). En effet, j’intègre ou je cherche à intégrer le sens de mon récit dans un déjà-connu afin de le rendre disponible. Or en devenant disponible, mon récit ne tarde de me guider (au détriment parfois du processus entéléchique).
ii. Il n’y a pas de constat exempt d’influence provenant de ma propre singularité ou de la singularité d’autrui. Malgré l’application d’une démarche souvent volontairement objectivante, ce que je raconte me concerne (et par extension, concerne également autrui). Le récit est toujours utilitaire (au service d’un moi/je). Toutefois, le moi/je reste virtuellement ouvert à l’indéterminé bien que par-delà ma conscience (par-delà mon raisonnement).
iii. Un récit s’accompagne toujours d’un non-récit indéfiniment vaste qui met en cause le récit. Dans cette perspective, les rapports entre récit et non-récit peuvent se comparer aux rapports entre matière et antimatière. Le non-récit comme ombre du récit appartient à l’infinitude.
a) Le non-récit demeure présent de façon indirecte dans le récit.
b) Il peut virtuellement anéantir le récit.
c) Un récit est ce qui s’extériorise dans le langage pour agir.
3. En racontant, j’emploie des signes.
i. Un signe interprète.
ii. A l’instar de la matière, tout signe exprime une phase. Il n’y a pas d’ensemble de phases fermé, c’est-à-dire que tout récit se trouve lié avec l’intégralité des récits (avec la totalité d’interprétations du réel).
iii. Tout récit implique une distanciation, et donc la brisure d’une harmonie initiale. Il implique une révolte (Schelling). Raconter signifie essayer de (se) restituer. Il cherche à établir une réalité nouvelle. Sous cette optique, il se structure au détriment du virtuel.
iv. En physique, quand une symétrie est brisée, apparaissent des particules. Le récit peut être considéré comme un appel.
4. En racontant, je deviens médiateur.
i. J’existe parce que le différent existe à travers ma singularité comme le différent existe parce que ma singularité existe à travers lui.
ii. D’autre part, je raconte étant donné qu’il m’est impossible de transmettre (de faire partager) l’immédiateté. Les rapports d’ordre intellectuel et/ou psychologique de l’individu avec les autres individus et, par extension, avec le corps social doivent être considérés comme des médiations. Ce que je raconte participe (directement ou indirectement) à autrui.
iii. En racontant, j’étale un sens. Je lui accorde une structure spatio-temporelle.
iv. Pour raconter, je dois utiliser des normes. J’engage des instruments légués par
v. l’Histoire (langage, traditions culturelles, sous-entendus derrière les mots, interprétations généralement admises etc) afin d’obtenir un résultat. Cet engagement peut m’amener jusqu’à l’identification de mon récit avec ma singularité. Je risque de devenir un produit de mon récit.
v. Tout récit est partiel. A cet égard, il doit être considéré comme pathogène bien que structurellement polyvalent. Mais en se diffusant, il entame la dialectique de sa propre distanciation (de sa renaissance).
vi. L’Histoire repose sur l’antagonisme et la succession de récits.
5. Un récit constitue un signal.
i. Il signale ma présence. En signalant, il condense plusieurs significations et ne peut prétendre à une complétude ontologique car il émane d’un choix. Ainsi doit-il être considéré
a) comme le développement (plus ou moins explicite) d’un signal originel résultant d’un événement ou d’un ensemble d’événements, et
b) comme une métaphore.
ii. Un récit induit des réactions diverses, et, à cet égard, il se trouve en quête de son propre dépassement. Il appartient au mythe, c’est-à-dire que quand je raconte, je m’investis en me servant des éléments de ma perception pour changer le cours des événements. Le récit cherche à suggérer l’activité du réel par-delà les agissements de ma singularité.
iii. La finalité apriorique du récit est l’intégration ontologique. Cette intégration est toujours recherchée, même quand le récit obéit à des impératifs de propagande etc.
Sur le plan existentiel, acceptation ou rejet ne représentent que des étapes. Quand le récit s’épuise
“toutes les voies sont libres”
(Paul Celan).
Je peux me trouver alors virtuellement face au réel. Dans cette perspective, la finalité du récit est le silence.
iv. Un tel silence aborde le réel dans l’immédiateté.
v. Raconter signifie (se) mettre en exergue, c’est-à-dire que raconter implique la distanciation.
vi. Le récit, dès que je l’ai raconté, cesse de m’appartenir et devient autonome. Il exerce des influences imprévisibles, échappant aussi bien à mon contrôle qu’à mes prévisions. Il peut évoluer à l’encontre des circonstances et de la volonté l’ayant fait naître et se modifier quasi indéfiniment.
6. Même si le point de départ des repères intellectuels est le moi/je, l’incertitude qui m’entoure semble partiellement maîtrisable grâce à des proportions. Dans cette perspective, l’art fait pressentir le sublime (Kant).
i. Une proportion est à la fois fictive et concrète. Elle incite à son propre dépassement.
ii. Sur le plan ontologique, une forme obéit. Mais en se constituant, elle génère des formes nouvelles.
iii. En sacralisant les nombres, Pythagore les traite comme des entités dynamiques. Un nombre est en métamorphose permanente. Il existe en se transposant, c’est-à-dire en adoptant une forme.
iv. Les combinaisons numériques ne se réfèrent pas à de simples quantités mais concernent l’actualisation du réel. Un nombre sert de moyen. Il existe pour faire exister.
v. Il existe comme véhicule.
vi. L’art se crée grâce à la médiation des nombres.
vii. Par le récit, le temps ordonne le vécu qui devient observable. Cela entrave la polyvalence ontologique du vécu. James Joyce cherche à restituer cette polyvalence mais au prix d’une déstabilisation des phénomènes. En s’ordonnant, le récit se restreint, c’est-à-dire qu’il écarte autant que possible les non-récits.
viii. Le contenu d’un récit est virtuellement modifiable. Il peut être simultanément universel et singulier. Sa singularité se modifie quand elle se concrétise.
ix. Tout récit appartient à une infinitude de récits “racontant” (essayant de résumer) l’univers. En se combinant, les nombres induisent des proportions. A cet égard, un poème de Hölderlin, un tableau de Cézanne, une suite de Bach, un dialogue platonicien, un texte de Max Planck ou le Sermon sur la Montagne, reflètent des structures mathématiques.
a) “Les proportions apaisent.” (Pythagore.). Elles suggèrent (peuvent suggérer) le réel dans la mesure où le réel devient (où il peut devenir) accessible.
b) Devenir accessible signifie revêtir une forme. Or toute forme est intermittente (médiatrice). Par rapport au sujet, et, en l’occurrence, à l’observateur, elle existe pour induire la communication, et donc en vue d’intégrer.
c) Le but ontologique du récit (qui ne peut néanmoins être atteint que de manière partielle) est l’achèvement.
Notice
i. Pour réapprendre, il faut modifier
a) le choix en tant que tel opéré par le récit,
b) la perception des faits que je perçois en tant qu’objets (en tant que matériaux constituant le récit).
Il faut établir (inventer) une nouvelle méthode d’adéquation.
ii. Cette adéquation est d’ordre ontologique.
Extrait de
Koronéos: Ontologie III
Faut-il inventer le réel? Etude sur le principe
Annexes: RÉAPPRENDRE
Editions “Le Grand Souffle”
12:40 Publié dans Koronéos : “Réapprendre” | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : koronéos, grand ousffle, éditions, livre, ontologie, philosophie
10.11.2007
Réponse à la « lettre ouverte aux éditeurs du Grand Souffle » d’Alain Santacreu
Puisque tu ne daignes aucunement répondre à mon invitation au dialogue par téléphone, puisque tu ne m’accordes pas même spontanément un droit de réponse sur ton blog, nous prenons acte sur le nôtre de ta décision brutale et inconsistante. Rivé à un segment de notre action éditoriale, tu commets contresens sur contresens à notre endroit, comme d’autres, et pratique avec nous le même ostracisme borné et diabolisant dont tu n’as pas cessé d’être toi-même la victime… Et de la part des chrétiens justement…
Qui t’a tendu la main, qui t’a donné ta chance éditorialement jusqu’à présent tout en t’annonçant dès le départ que nous n’étions pas forcément en plein accord avec tes positions, que nous cherchions autre chose, ailleurs, autrement, que nous devions nous apprivoiser lentement, ne pas céder trop facilement à la gâchette du jugement péremptoire, être loyaux l’un envers l’autre ?
Dommage Alain, je croyais que tu étais un homme plus libre que tu te montres actuellement…
C’est précisément notre aptitude à accueillir et à travailler le nerf de la différence qui nous motive, et dans un esprit et une pratique d’ouverture et d’exigence qui a peut-être beaucoup plus à voir avec le message christique lui-même que ce que les ragots veulent te laisser penser.
Car contrairement à tout ce que tu veux croire, c’est une certaine lecture du Christ et une certaine pratique active de son message qui nous a divisés avec Matthieu par exemple, (ce qu’il n’a d’ailleurs jamais voulu entendre vraiment dans toute la profondeur et la subtilité du problème), et non quelque athéisme ou paganisme de circonstance, mais peut-être le Christ qui parle à notre cœur est-il si éloigné de ce que les hommes en ont fait qu’il a peut-être définitivement changé d’adresse ?
Et si être fidèle au mystère qui prit nom de "Christ", c’était aujourd’hui refuser toutes les prisons mensongères qui se réclament de son esprit jusqu’à ne plus vouloir ni même pouvoir utiliser son nom par fidélité à ce qu’est vraiment son mystère, sa révélation/révolution intrinsèque, et perpétuelle ?
Aujourd’hui, le mystère sans nom qu’on nomme "Christ" détruit Christ par amour pour la vérité de l’amour trahi, détruit tout ce que le mental a trafiqué et récupéré de ce mot pour justifier sa veulerie dogmatique et criminelle, MERDE à "Christ", ce mot même aujourd’hui, nomme collectivement pour nous le tombeau de ce qu’il est censé désigner !!!
Cela n’empêche pas le sublime de certains destins individuels liés à ce mot…
Il y a plusieurs plans… Nous ne refusons pas les paradoxes, les contradictions, pourvu qu’un être VIVE VRAIMENT une faille, un danger, une mutation de son être dans le mystère… Qu’il nous touche, nous n’avons rien contre les individus athées, ou chrétiens. Nous ne sommes ni païens, ni chrétiens, ni athées, ni rien de tout cela : nous avons mis le feu en nous à toutes ces aberrations nominales !
L’Amour est si grand qu’il est vivant à travers tous les noms et tous les visages de ceux qui cherchent, de ceux qui se risquent à affirmer, de ceux qui s’exposent, même les anarchistes, même les athées, même les païens, même les nietzschéens, même les prostituées, même les prostitués chrétiens qui pullulent en ce moment en couchant avec le mensonge de l’Amour légalisé, il est en Matthieu (que je continue d’estimer très profondément malgré tout ce fatras de malentendus, et d’incompossibilités personnelles) AUTANT qu’en Alain Jugnon, autant en toi qu’en Jean-Marie Beaume, en Philippe Barthelet, en d’Algange, etc.
Merdre à tout cet esprit de ressentiment qui rapetisse l’immensité du mystère d’Amour au nom de la certitude d’une sacro-sainte "foi" en Christ, ou en Contredieu, Merde à Bouddha, à Nietzsche, en tous ces noms et concepts originairement réducteurs du mystère sans limites qui nous fait respirer !!!
L’instant est plus puissant et plus grand que toutes ces boîtes de conserve mentale !
Tu es complètement à côté de notre plaque Alain, depuis le début…
Très loin…
La VIE instantanée de ce mystère, pour nous, n’est pas du tout MENTALE !!!!
Et "Christ", si tu tiens décidément à ce mot meurtri au-delà de l’imaginable, viendra toujours brûler tous les évangiles du monde qui trahissent dans l’œuf l’insurrection éternelle qui brûle d’amour dans le mystère d’Amour !….
Relis Krishnamurti !….
Nous qui refusons d’avance tout autant d’être « krishnamurtiens », ou « carlo suarésien » !! L’impansable est seulement ce cri d’insurrection contre tous les emprisonnements du cri d’être sans pourquoi dans le mystère hors limites.
MERDRE, définitivement merdre à toutes ces boîtes de conserve d’identification de l’ego !
Merdre à "littérature", merdre à "contrelittérature", et oui, bien sûr ! viva les deux ! Viva ! Comment non ? Au nom de quoi ? Bien sûr vive la littérature, et vive la Contrelittérature ! et en même temps : ni l’un ni l’autre, OUI à TOUT ce qui est COMME IL EST, au mystère de la différence infinie en acte de révélation, oui à son exigence vertigineuse, impensable !!!
C’est épouser le mystère qui FAIT ÊTRE TOUTES CES DIFFERENCES qui nous appelle.
Il faut vraiment transpirer pour cela, pour t’éditer, pour éditer des gens qui ne pensent pas exactement comme nous, quel défi, quel défi permanent de croissance pour nous ! Assumer cette réceptivité au parfum d’autrui, inimitable, dérangeant, et cette incompréhension de tous ceux enfermés dans leurs partis pris. Nous avons aimé ton livre, ton manifeste, ta ferveur, parfois, de traversé par le feu de l’Esprit. Nous l’avons vu, reconnue. Nous avons été bouleversés par la claire limpidité de ta « mission », et de ton courage à tailler ta propre route quelle que soit la dureté des vents… Nous avons donné beaucoup pour que tu puisses transmettre cette beauté qui t’habite, malgré tes épines de surface. Nous ne le regrettons pas. Ce fut bon et juste.
On peut penser tout ce qu’on veut de nous, nous salir indéfiniment, mais il y a le chemin invisible que nous forons, et qui nous transforme au-delà de tout le pensable, par le monde, pour le monde, et cela, personne ne le détruira jamais, parce qu’il EST.
Est-il possible de découvrir un peu d’écoute sincère et de bienveillance ensemble DANS L’EXTRÊME DIFFICILE DE NOS DIVERGENCES, par-delà les limites du principe de non-contradiction logique, "éthique", idéologique ?
C’est ce que nous avons tenté avec toi.
C’est cela la question que nous explorons en nous-mêmes, et tu serais bien étonné d’entendre les fruits de nos découvertes ! J’ai pu dialoguer avec toi.Souvent dans un esprit d’ouverture qui m’a appris. Avec toi, j’ai compris un jour pourquoi la littérature au sens occidental avait une origine ontologiquement chrétienne.
J’ai compris le pourquoi métaphysique de ta bataille prochrétienne dans les lettres aujourd’hui, et je crois sincèrement que tu as historiquement raison. La force de ton intuition, de ton ardeur a fini un jour par me montrer la vérité au nom de laquelle tu ne pouvais qu’avoir des réticences à t’inscrire dans un strict guénonisme. Je t’en remercie. C’est cela, déjà, que je retiens précisément de toi sur le plan intellectuel, même si mes conclusions divergent fortement ensuite à partir de cette « vérité » que tu m’as montrée, car je pars d’un tout autre point de départ pour situer cette « vérité » ; sans parler de l’épreuve qu’a constituée la mise en pages de ton livre, tes exigences, tes difficultés d’humeurs, parfois très dures, et mes erreurs d’attention. Cela m’a fait aussi grandir en patience et en tolérance, car je t’ai vraiment accueilli dans tes défauts comme si c’était les miens, car en vérité, tant que je te juge, ce sont MES DÉFAUTS que je juge.
Pour tout cela, je te dis merci Alain, même si tu ne reçois jamais mon merci.
Mais sans doute l’extrême sécheresse de ton message atteste-t-elle que tu es trop gêné, voire dépassé par notre exigence, notre souplesse, notre refus de céder aux facilités de l’esprit de chapelle dans notre politique éditoriale, et qu’il t’est infiniment plus commode de juger la difficulté d’incompréhension à laquelle nous engage notre épreuve comme une preuve patente de notre confusion intellectuelle ?
Oui, nous épousons en acte le différent, nous le fréquentons, nous le pratiquons, nous nous offrons au choc de son contact perturbant pour notre système de croyances, c’est pour cette raison que nous continuons à publier des auteurs de tendances complètement antagonistes, et que nous tenterons de continuer à témoigner éditorialement de cet esprit d’ouverture refusée par certains de nos auteurs même, par toi aujourd’hui.
Pourtant, il était bel et bien question pour nous de continuer à soutenir et à promouvoir pratiquement la Contrelittérature jusqu’à ce jour, en publiant un livre de Carlo Suarès, et, souviens-toi, une thèse de grande qualité sur la gnose chrétienne, et je t’avais dit oui aussi par mail pour lire sérieusement le trialogue qui t’a divisé avec tes ex-collègues d’alors.
Mais bon, je comprends bien les raisons de ton ami Matthieu, […], c’est de bonne/mauvaise petite guéguerre, Matthieu contre le dernier livre duquel tu t’étais pourtant immédiatement insurgé avec une violence et un mépris sans ambages…
J’ose me mettre en jeu pour apprendre fortement de la vie, et j’apprends, nous apprenons, très fort de la vie, et nous sortons intimement pour nous-mêmes du bourbier tragique de toute cette division mentale, d’une façon non conventionnelle, non labellisée par les autorités du passé, voilà ce que tu ne supportes pas, ce qui te fait tout simplement peur et contre quoi tu es maintenant entré en guerre, les yeux bandés…
Je ne prends pas ta lettre à la légère, et je ne me débarrasserai pas de toi comme tu te débarrasses déloyalement de nous. Je veux grandir, me préciser toujours, la plupart du temps, cela ne sert à rien de le faire publiquement, trop de malentendus, de blessures non digérées… Mais là, j’écrirai, puisque tu nous y contrains (alors que tu m’avais toi-même déconseillé un jour d’Avril dernier de continuer cette revue stérile du nom de "Sœur de l’Ange ! Mais de cela, tu ne voudras ou ne pourras bien sûr pas te souvenir, comme par non hasard !), j’écrirai pour rien sans doute, sinon pour moi, quitte à continuer à nous faire passer pour de dangereux mécréants avec qui "on ne discute plus" !
Je n’ai plus peur des jugements d’autrui.
Nous restons quoiqu’il en soit tes amis en esprit, et ta fermetureaffirmera toujours plus une intensité de sincérité d’ouverture à ce qui n’est pas nous, dans l’exacte mesure où la surdité psychique ou la mauvaise foi ne nous coupent pas tout simplement la bouche jusqu’à nous condamner à l’impasse d’un malentendu sans solutions…
pour les éditions du Grand Souffle
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